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Le Trou de l’Enfer (Promenade dans les Vosges)

Ecrit par 1 août 2009 5 commentaires

Petit tour au Trou de l’Enfer, et la vallée supérieure du Barba.

Réhaupal.

C’est moins de deux cents habitants, mais c’est un endroit chargé d’histoire et d’activités, présentes et anciennes, qu’il convient de regarder de plus près … C’est aussi un endroit de calme et de sérénité, avec comme une pointe de fantastique, pour peu que l’on soit attentif à ce que nous en raconte le vent qui frôle les arbres de la forêt, l’eau qui sait se faire discrète en tombant goutte à goutte des rochers aux mousses abondantes et variées, ou bien chuintante comme une rumeur de foule nombreuse lorsqu’elle se heurte opiniâtrement aux pierres de la rivière …

Panneau indiquant la direction qui mène à la Vallée du Barba

La départementale 30 (carte Michelin n° 62, pli 17 en bas) permet d’arriver dans ce village qui fut connu, il n’y a pas si longtemps pour être le lieu où se trouvait « l’usine aux loups ». Une usine textile avec magasin d’usine, tous deux gardés par ces animaux servant également de support publicitaire.


À l’entrée du village, un moulin en activité, successeur des moulins qui tournaient grâce à l’énergie hydraulique du petit cours d’eau qui descend la vallée, reçoit le Scouet venu des cascades de Tendon pour aller enfin se jeter dans la Vologne près de Docelles et ensuite rejoindre les eaux de la Moselle. Ce moulin propose, entre autres choses, de produire de la farine « à façon ».

Vous arrivez avec vos grains, le meunier les moud et vous repartez avec votre farine.

Cela n’est-il pas merveilleux à l’époque où il suffit de tendre la main dans le premier supermarché venu pour s’emparer d’une farine dont on ne connaît rien, ni la provenance, ni la manière dont elle a été produite, ni le paysan qui a semés les grains qui sont à son origine ?

La promenade à laquelle je vous convie aujourd’hui est sans difficultés particulières.

Il convient toutefois d’avoir de bonnes chaussures de marche car le terrain est parfois assez inégal, caillouteux et l’eau généralement omniprésente. Le point le plus bas est à 508 mètres, et le plus haut à 683 mètres. Pas de quoi arrêter un marcheur « moyen ».

On peut laisser sa voiture sur le parking devant le restaurant du Haut Jardin. Au retour d’une randonnée qui n’excède pas trois heures, on pourra s’y faire servir de quoi réparer les forces laissées dans l’entreprise. Une entreprise qui en vaut la peine ! Suivez-moi.

La haute vallée du Barba.

Cette petite rivière, au regard de l’étendue du bassin qu’elle draine, voit s’écouler une lame d’eau deux fois supérieure à ce que l’on trouve ailleurs. Elle a son origine dans une « feigne » située au lieu-dit La Racine. Là se trouvaient jadis des étangs recevant, par de multiples ruisselets, les eaux des versants qui les entourent. Ils sont les restes de la période glaciaire durant laquelle un glacier venant de la vallée de la Moselotte s’écoulait en partie par ce qui est devenu le Barba. La chute d’eau correspondant à la vidange de ces étangs est justement le fameux « Trou de l’Enfer » aux roches arrondies par l’érosion et au travers desquelles l’eau fait entendre un bruit sourd de ronflement comme venu du plus profond des Enfers.

Le balisage de la randonnée est très lisible. Il n’y a qu’à se laisser guider. La première partie, en fond de vallée très plat, fait longer une pisciculture qui a repris une longue tradition locale. Joncs, roches « moutonnées » sont les marques d’un paysage postglaciaire. Dès que l’on entre dans le bois, après avoir pris à gauche devant un réservoir d’adduction d’eau, on est saisi par l’enchantement des lieux. Rochers moussus, fougères, arbres, rochers chaotiques … Mais il faut garder l’œil aux aguets. Là, quelques pierres dressées dans le cours même du ruisseau attestent de la présence d’un ancien moulin. Celui-ci était alimenté par un canal d’amenée qui servait également au flottage de bois exploités tout au long de cette partie de la vallée. En partie construit, en partie taillé dans la roche, ce canal atteste du travail des hommes, peu avares de leurs forces. Des informations jalonnent le parcours (lorsqu’elles n’ont pas été détruites, hélas …).

Plus loin, sur la gauche en remontant la vallée, des terrasses aujourd’hui boisées ont supporté jusqu’à la fin du XIX° siècle des champs de lin. Plus loin encore, deux vastes étendues plates, surprenantes dans ce paysage de vallée très resserrée, sont d’anciens étangs façonnés par l’homme, actuellement envahis par la végétation, où les eaux étaient stockées en attendant leur usage en aval. Des vannes encore visibles permettaient de gérer ces eaux.

De petits ponts de bois permettent de passer alternativement sur la rive droite ou sur la rive gauche.

Le promeneur étourdi ne se rend sans doute pas compte qu’il franchit là une ancienne frontière importante : au temps où les Chanoinesses de Remiremont imposaient leur pouvoir sur une grande partie de la région, tout ce qui se trouvait sur la rive gauche du Barba était de leur ressort. Tout ce qui se trouvait sur la rive droite relevait de l’Empire germanique. Lorsque la Lorraine devint française en 1766, on put oublier cette frontière …

Chemin faisant, et alors qu’une route forestière empierrée dévale sur la gauche, on parvient à un élargissement du cours du ruisseau. Un panneau indique les restes de la demeure de la « Gomotte ». Les gens de Réhaupal vous en ont peut-être parlé lors de votre départ pour la randonnée. Ils vous en parleront plus volontiers à votre retour.
Cette dame a existé. Elle a encore de la famille au Tholy voisin. Elle est connue pour avoir fait du commerce de coupons de tissus qu’elle allait acheter dans les usines voisines et qu’elle colportait de fermes en fermes. Elle achetait aussi de la présure qu’elle vendait de même. Tous les fromages produits dans la région l’ont été, à une certaine époque, grâce à cette « caillette » tout ce qu’il y a de naturel. Bien que vivant à proximité immédiate de l’eau, la Gomotte (née en 1913 et dont on peut voir un cliché d’elle devant sa maison sur le site http://letholy.free.fr/pages/galautrefois2.htm n’a pas laissé, dans les souvenirs de ceux qui ont pu l’approcher au début du XX° siècle, l’image de quelqu’un de particulièrement « récuré » … mais ce n’est pas cela qui se murmure encore ici ou là.

La Gomotte

La Gomotte, mon bon monsieur, recevait des rouliers, ces hommes qui faisaient au pas lents de leurs bœufs le transport de toutes sortes de marchandises. Un bœuf, ça se repose, ou ça prend des forces avant de gravir la pente raide qui l’attend. Le roulier, de son côté, pouvait bien aller « tailler une bavette » avec la seule femme disponible dans les environs pour donner un peu de son temps. Une Gomotte (ou Gaumotte) qui a été chantée : « …elle est rigolote, la Gomotte ».
Mais il y a plus grave. La Gomotte enfreignait la Loi ! Crime grave, à la mesure de la voix qui baisse d’intensité tellement on n’ose même pas y songer : la Gomotte « aurait » fait du trafic d’allumettes (à l’époque à laquelle la Gomotte nous fait remonter, le commerce des allumettes était monopole d’État. On ne badine pas avec cela).

Il reste toutefois dans l’air de ces lieux, même si la « Robinsonne du Trou de l’Enfer » comme on l’a appelée, n’est plus qu’un souvenir qui s’estompe, quelque chose de mystérieux que l’on retrouve encore dans des légendes locales, plus ou moins réécrites par des auteurs contemporains. On y parle de visiteurs du soir, ou de visiteuses. Oui, madame, de visiteuses. Que venaient-elles faire dans ces lieux dans les nuits sans lunes ? On y parle aussi du Diable et de ses maléfices qu’un peu d’eau bénite faisait heureusement fuir.

Le Diable ? Mais bien sûr.

Nous l’avions presque oublié. Il n’est pourtant question que de lui, ici. Il a donné son nom aux lieux. Le joueur de musique qui a été recruté par Satan en personne pour jouer lors d’une fête (forcément satanique) s’en souvient encore. Et il a tiré une morale de sa mésaventure. Le Diable lui avait donné de l’or. Le joueur l’avait placé dans sa poche, bien à l’abri. Mais au réveil, douloureux, après la fête, dans la poche ne restaient que des débris de feuilles mortes. Comme quoi il ne faut pas croire aux promesses de celui avec qui l’on ne dîne que muni d’une grande cuillère… Et c’est toujours vrai !

Brrr. Au pont qui enjambe le ruisseau au pied de la cascade qui marque sa source, on est parvenu au Trou de l’Enfer. Écoutez, rêvez, respirez …

On peut poursuivre devant soi la randonnée, grimper le petit raidillon et se retrouver à un carrefour aux tables et aux sièges accueillants. De là, on redescend vers Réhaupal. On passe près de ruines de maisons datant d’une époque pas si lointaine où l’habitat, ici comme dans beaucoup d’endroits des Vosges, était dispersé. L’industrialisation du milieu du XIX° siècle a fait abandonner ces maisons. Ici, on nomme « chézeaux » ces ruines. La dernière ferme a été abandonnée à la fin de la Deuxième guerre mondiale.

Plus bas encore, on passe près d’un calvaire qui marque – pour l’éternité ? – le lieu où des gens sont morts accidentellement. Des vandales ont exercé leur ignorance crasse en martelant récemment le socle de grès …

Après cela, le chemin en pente douce nous ramène à notre point de départ. Attention ! Ne vous retournez pas. N’êtes-vous pas suivi ? Et par qui donc seriez-vous suivi ? Fantasmagorie ? Qui sait ?

Enfin, on retrouve le monticule du réservoir d’eau qui nous avait vu passer un peu plus tôt. Les jambes se font sentir. Les chiens de la ferme que l’on côtoie ont autant de voix qu’à l’aller. Ont-ils même jamais cessé d’aboyer ? On pense à un peu de repos, à une boisson fraîche … Pourquoi se priver de ces plaisirs ? Et puis, ce sera le moment de classer dans sa tête tout ce que l’on vient de voir, de sentir et d’entendre. Sûrement qu’on reviendra ici, en y emmenant des copains. Sûr qu’ils seront surpris que dans un aussi petit espace, il y ait tant de choses à voir, à sentir et à entendre …

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5 commentaires »

  • Michel écrit :

    Boujour et merci pour cet article. Le trou de l’enfer, c’est beaucoup de souvenirs pour moi. J’ai été de nombreuses années moniteur à la colonie de REHAUPAL, et c’était un espace formidable pour les grands jeux d’aventure. Je ne savais pas qu’il était l’objet d’une rando jalonnée, mais je crois que je vais aller la faire dans les semaines qui viennent.

  • Francoise écrit :

    Très très intéressant ! Je n’ai jamais entendu parler de cet endroit et ca parait bien mystérieux ! je voudrais bien le visiter à ma prochaine visite.

    C’est incroyable combien de fois le nom du diable apparait dans ces noms de lieux dits ! Ca me rappelle le nom de la rue où ma mère habitait dans un petit village de la Meuse : Rue du Creux de l’enfer ! Le diable était passé par là aussi !

  • hENRIDEMARLY écrit :

    Bravo Claude: c’est un vrai enchantement. Cela donne vraiment envie d’y faire un tour.

  • claude écrit :

    Bravo Claude
    et merci d’avoir mis en texte cette belle histoire du trou de l’enfer que j’ai parcouru dans les années 70 avec mes enfants.Mais je n’en connaissais pas l’historique. Etant passé devant en voiture la semaine dernière,j’ai l’impression que l’accès est moins aisé qu’avant et que le propriétaire des lieux,(le diable?) aurait repris ses droits!J’irai voir çà de plus près d’autant que maintenant il n’y a plus de loups dans les environs. Claude

  • florence écrit :

    Bonjour,
    Un grand merci pour le récit que vous avez fait, tantôt randonneur, tantôt patrimoine histoire, légendes,
    Et un style superbe !
    Merci
    Florence

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