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De Saint-Epvre à l’Europe, il n’y a qu’un pas…

Ecrit par François 7 février 2009 3 commentaires Imprimer Imprimer

L’intitulé de cet article pourrait surprendre, et pourtant… la Lorraine est connue depuis des siècles pour avoir été un territoire de passage, d’échanges, de rencontres et de cultures.

Façade de la Basilique Saint-Epvre de NancyLa basilique Saint-Epvre, qui vient d’être déshabillée de son échafaudage, bénéficie d’une illumination dynamique nocturne à la tombée de la nuit, proposant ainsi de redécouvrir cette belle façade (place Saint-Epvre à Nancy du 31 janvier jusqu’au 30 avril 2009).

Je vais donc m’attacher à illustrer ici ces échanges européens par un exemple pour le moins insolite puisqu’il s’agit de la Basilique probablement la plus connue de Nancy !

Historiquement, l’église  Saint-Epvre de Nancy était le symbole de la ville, dès le moyen-âge. En effet, cet édifice situé au centre de la ville-vieille en était également le beffroi et la tour de guêt. C’est du haut de Saint-Epvre que les nancéiens observaient les alentours en cas de siège et c’est également de là-haut qu’ils virent René II battre les troupes du Téméraire lors de la Bataille de Nancy en 1477 - date ô combien emblématique pour la destinée européenne d’alors.

Les vicissitudes du temps sont passées par là et l’édifice gothique fut mutilé de ses œuvres (une vierge de Léonard de Vinci y fut probablement volée sous l’occupation française, durant la guerre de trente ans). Les vitraux jugés trop sombres furent simplement supprimés au XVIII° siècle.

Après presque mille ans d’Histoire, et une réédification à la période gothique, c’est une église délabrée que contemplaient, au milieu du XIX°, les passants. La période était alors à l’aération des vieilles villes… et à la reconstruction.
L’église avait perdu son caractère symbolique au profit de la place Stanislas, mais deux curés et un architecte allaient lui donner un étonnant destin européen !

Ancienne église Saint-Epvre (Musée Lorrain)Imaginons un instant une église gothique presque vide depuis plus de cent ans, aux dimensions réduites et à l’insalubrité telle que la paroisse fut transférée aux Cordeliers dès le milieu du XIX° siècle.

Dès 1862 un concours fut lancé pour construire un nouvel édifice, de nombreux projets plus ou moins fantasques furent présentés,  et c’est celui de l’architecte municipal Prosper Morey,  dont le style néo-gothique assurait l’intégration dans la ville-vieille, qui fut retenu.

La première pierre fut posée en 1864, sous la bienveillance de l’abbé Simon qui fut rapidement remplacé par l’abbé Trouillet. Face au chantier pharaonique et au coût du projet, c’est ce dernier qui instilla une destinée européenne à l’édification. En effet, la souscription lancée pour  financer le projet  restait insuffisante pour garantir  l’achèvement rapide de la future église. L’audacieux Abbé Trouillet contacta alors les grands d’Europe :

  • les familles régnantes, dont naturellement la famille impériale d’Autriche issue de la maison des Habsbourg-Lorraine, Napoléon III et Eugénie,  et même la Reine Victoria !
  • les dirigeants tels que le Maréchal Foch, et plus étonnant, le futur chancelier Bismarck, qui sera l’unificateur de l’Allemagne.
  • l’abbé ira même jusqu’à contacter le Pape Pie IX !

L’édification était dès lors garantie par la souscription et de nombreux dons contribuèrent à l’embellissement de l’édifice :

    Chaire de la Basilique Saint-Epvre

  • les autels et les fonds baptismaux furent offerts par l’impératrice Sissi. La famille impériale d’Autriche offrit également l’escalier monumental qui orne le parvis de l’église.
  • les vitraux furent exécutés à Vienne mais également chez Maréchal, le célèbre maître-verrier de Metz.
  • le mobilier, les boiseries et les stalles furent réalisés par les frères Klem de Colmar.
  • les cloches vinrent de Hongrie, et l’orgue de Paris.
  • le pavage de marbre du chœur, offert par le pape, est issu de la via Appia de Rome !
  • l’abbé Trouillet participa de ses deniers personnels pour faire exécuter, à Liège, les statues de bronze représentant les quatre évangélistes qui ornent le parvis.

C’est un édifice parfaitement achevé, abondamment et finement décoré, qui fut inauguré le 20 mars 1871, et qui  fut promu Basilique dès novembre 1874.
Monseigneur Trouillet décéda en 1877. Il fut évidemment inhumé dans “sa” basilique, sous un somptueux tombeau de marbre blanc.

C’est ainsi que, sous l’impulsion d’un abbé zélé, fut édifiée à Nancy une belle basilique néo-gothique, une sorte de projet européen où de nombreux pays furent impliqués via des mécènes ou des artistes.
On retrouve le futur couple Franco-Allemand qui allait rapidement se déchirer lors de la guerre de 1870 ; l’Autriche et la Hongrie ; l’Italie et même l’Angleterre !

Viollet-le-Duc déclara qu’elle était, de “toutes les églises modernes, la plus réussie.”

D’aucun ne contredira cette citation. L’illusion est telle que seule l’homogénéité de l’édifice trahit son jeune âge, et de nombreux passants ne songent même pas que se dresse devant eux une “jeune dame” cent-quarantenaire.

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3 commentaires »

  • MMN écrit :

    … on peut ajouter qu’un nombre certain de familles nancéennes ont également participé financièrement au projet - avant d’en faire de même pour la Basilique du Bois Chenu à Domrémy dont le chantier commença en 1881…

  • Nadia écrit :

    Nous l’avons vue si longtemps avec ses bâches et ses échafaudages que nous avions presque oublié à quoi elle ressemblait! Cela valait le coup d’attendre!
    Et je ne la savais pas non plus contemporaine à ce point de la Basilique du Bois Chenu, sous laquelle je vis aujourd’hui!
    Merci François et MMN pour ces lumières!

  • François (auteur du billet) écrit :

    Une belle photo de l”illumination de la façade est visible dans le nouveau NancyMag, consultable également sur internet :
    http://www.nancy.fr/documents/nancymag/2009_02/2009_02_version_multimedia/01.html

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