À bâtons rompus avec… Gérard Barnet, potier à Plombières (Portrait)
Son parcours professionnel s’inscrit parmi ceux que j’aime particulièrement restituer : c’est un exemple de plus de la capacité humaine de s’épanouir en changeant de métier.
Après Sophie Larcher, Nicolas Génot, je vous présente aujourd’hui Gérard Barnet qui après un cursus plutôt littéraire, a travaillé dans les milieux financiers pendant plus de 20 ans. Une période qu’avec le recul il qualifie d’accidentelle.
Comme s’il était déjà inscrit qu’il n’aurait jamais du être banquier mais potier. Il faut rappeler que dans les années 70 l’orientation d’un étudiant se basait prioritairement sur ses notes plutôt que sur ses aptitudes. Toute velléité créatrice était sacrifiée au profit d’un métier plus “sérieux” si on avait de bons résultats scolaires. Sauf à être artiste de père en fils, ce qui n’était pas le cas de Gérard Barnet.
Son talent est donc resté longtemps en jachère avant d’obtenir une reconnaissance méritée. (Après avoir cliqué sur “lire la suite” vous pourrez apprécier ses réalisations en faisant défiler le diaporama qui s’ouvrira à partir de la première photo du billet).
Je l’ai rencontré lors d’un très court séjour cet hiver à Plombières, et dont j’avais fait le compte-rendu sur le blog (lire ici).
Une reconversion mûrement réfléchie
J’avais éprouvé un plaisir fou à modeler la terre avec un copain, dans un atelier de poterie de Raon l’Etape, quand j’étais étudiant. Mais c’est à l’occasion d’une mutation à Decize (Nièvre) que je découvre la matière qui va me pousser au changement : le grès de Puisaye.
Cérard Barnet n’a pourtant alors pas le temps de s’attarder : son travail l’oblige déjà à repartir, vers le nord. Précisément à Longwy. Mais c’est bientôt le retour dans la région célébrée par Colette. Le voici à Avallon (Yonne). Son employeur lance un plan social. Il décide alors de négocier son départ pour se lancer dans une totale reconversion.
Il suivra un an de formation intensive à Saint-Amand-en-Puisaye pour apprendre l’essentiel de la technique : tourner, rechercher des couleurs, émailler, cuire … rien ne s’improvise. Un stage à la Chambre de métiers de Nevers permettra d’acquérir les indispensables bases comptables de la création d’entreprise. Car on a beau avoir travaillé dans le milieu bancaire, on ne maitrise pas toutes les arcanes. Devenir artisan réclame d’autres compétences qu’être artiste.
N’allez pas croire que le temps de formation soit une période facile. C’est le moment où l’on doute le plus. Son entourage s’inquiète aussi et il fallut bien six mois pour convaincre son épouse. Avec le recul Gérard Barnet n’a aucun regret et il sait avoir fait le bon choix à temps mais se retrouver en situation d’apprentissage à quarante ans passés est assez déstabilisant. Ses trois ou quatre “camarades de promotion” et du même âge sont eux aussi maintenant installés et satisfaits.
Une installation en deux étapes
De 1994 à 1999 il est à Remiremont. La presse locale se fait l’écho de ses créations qui plaisent à la clientèle. Mais il est locataire et les charges sont trop lourdes au regard des prix qu’il doit consentir pour vendre sans accumuler de stock. Son atelier n’est pas repérable très aisément parce que sa situation, à proximité du centre historique de la ville, interdit un fléchage dynamique.
Gérard Barnet comprend qu’il est vital de chercher un autre lieu. Un article dans la presse locale le décide à explorer la ville de Plombières. A peine garé sur la place il entrevoit cette vieille maison pour laquelle il a le coup de foudre. Le notaire l’estime trop délabrée pour oser la faire visiter mais le potier insiste. Il fallut une année pour la réaménager de façon satisfaisante, intérieurement et extérieurement. Sa façade prend un coup de jeune en devenant rose. Elle est désormais aussi célèbre que son occupant. Et il se trouve maintenant sur le circuit touristique des Hautes-Vosges entre Gérardmer et la Bresse.
Un potier solidement ancré dans sa ville
Gérard Barnet préfère travailler et écouler sa production ici. Contrairement à quelques figures célèbres dans leur milieu il ne court pas les salons ou les expositions “hors ses murs”. Il apprécie de passer du temps au contact de ses clients, qu’ils soient plombinois, curistes ou touristes de passage. Ce n’est pas la foule qui le motive mais des gens curieux ou cultivés, amateurs éclairés.Il accueille des modeleurs occasionnels le vendredi soir. Il va régulièrement dans les écoles. Il anime un atelier au centre social. A la fois par goût et par souci de rompre ce qu’il appelle la solitude de l’artisan.
Un homme respectueux des anciens
Gérard Barnet cite volontiers les céramistes qui forcent son admiration : Charles Hair réputé pour ses céladons (installé en Indre-e-Loire), Marc Uzan, lequel a publié des méthodes de recherche sur les glaçures céramiques, et surtout Daniel de Montmollin, mondialement connu pour sa méthodologie de recherche sur l’émaillage et qui a participé à l’aventure céramique de la Communauté de Taizé (Saône-et-Loire). Le livre auquel il se réfère le plus reste celui de Marcel Poulet, la poterie traditionnelle des Grès de Puisaye, publié chez l’auteur à Merry-la-Vallée dans l’Yonne.
Je l’ai reconnu au premier coup d’oeil sur son atelier, à sa couverture imprimé en sépia. Si je suis bourguignonne, j’ai de nombreuses attaches poyaudines ( de Puisaye). Je connais tous les villages dont Gérard Barnet me parle et la gamme de couleur de ses émaux m’est également familière. Comme le monde est petit …
Des poteries toutes à vocation utilitaire
Gérard Barnet ne travaille que le grès et de la porcelaine émaillée. Se réclamant davantage artisan qu’artiste cet homme tient à produire des pièces qui ne soient pas réduites à une fonction de décoration. Elles doivent toutes pouvoir servir. Il se sent investi de l’héritage des potiers de Puisaye. Ces hommes étaient avant tout des potiers-paysans. Ils n’avaient pas le souci de l’esthétisme. Il fallait que l’objet satisfasse un ensemble de contraintes techniques, qu’il ait par exemple la meilleure contenance, et qu’il trouve aisément sa place dans le four.
Une de ses premières pièces fut un entonnoir à confitures. Dommage qu’il n’en ait plus le jour de ma visite car je trouve cet ustensile indispensable. Combien de brûlures j’ai évité depuis que j’en ai un. Sauf que le mien est un modelage-maison très rudimentaire
que j’ai fait un jour où j’avais de la terre et un four adéquat à disposition. Je l’aurais volontiers remplacé. Le potier affectionne les vinaigriers. Et le calice que la ville offre à chaque curiste est aussi beau que fonctionnel.
La pleine saison s’étend de mars à novembre. Mais il est ouvert toute l’année. N’hésitez jamais à pousser jusqu’à chez lui. Vous serez bien reçus.
Gérard BARNET
2, rue de l’Hôtel-de-Ville 88370 Plombières les Bains
Tél : 03 29 66 07 06












que de belles pièces . pouvez vous venir au marché des potiers de Versailles que je puisse voir vos oeuvres il se tient au mois de septembre
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